des nouvelles du groupe Facebook L’ami des auteurs : Patrick Le Marrec

marrecChaque semaine, L’ami des auteurs relaie une info postée sur le groupe Facebook de L’ami des auteurs, que vous pouvez rejoindre ici. J’ai également créé un groupe pour les amoureux des livres en Aquitaine et Occitanie Amis auteurs, la prochaine info relayée sera peut-être la vôtre, alors à bientôt sur Facebook !

Bonsoir à toutes et tous,

en ces temps troublés je vous propose un petit texte que j’ai rédigé il y a maintenant deux années. Il s’intitule « Mutation » :

Mutation

Je suis une miraculée d’Auschwitz, un survivant de la prison S21 à Phnom Penh, un évadé du camp de Vorkouta, une rescapée de Miranda de Ebro. Je suis un être humain, comme vous, victime d’autres animaux de cette même espèce.
J’ai été torturé, déporté, exécuté au nom des idées, des principes, toujours pour la bonne cause, à chaque fois dans l’intérêt collectif supérieur, souvent dans l’indifférence générale.
Je me bats afin que la mémoire de mon supplice reste intacte et vive, pour l’exemple et aussi pour lutter contre ceux qui cherchent à pervertir mon histoire, la nier ou l’effacer.
Vous doutez que cela puisse être possible ? Que l’on remette en cause des faits, ce que j’ai vécu, à des
fins non avouées, mais discernables si on prend le temps d’observer et d’analyser ? Ouvrez les yeux sur ce monde et vous verrez sans peine que certains travaillent ardemment, parfois près de votre porte, pour ruiner mes efforts.
S’ils parviennent à effacer ma mémoire, vous souffrirez et mourrez sans doute, comme moi, soyez en certains.
Dans le silence qui accompagne ma route, face à l’adversité galopante, je prie. J’y mets tout mon cœur et toute mon âme pour que mon martyre ne soit pas vain.
Ces expériences auraient dû me servir et pourtant, à chaque fois, je me fais surprendre.
Pourquoi ? Parce que ces cauchemars appliqués au réel, produits de l’imagination sans bornes des hommes, sont le fruit d’une lente dérive. La tolérance et la loi sont systématiquement testées pour éprouver leurs limites. L’hydre s’adapte en permanence dans le système qu’elle va détruire. Ceux qui auront toléré ses agissements, par peur ou servilité, seront tôt ou tard atteints à leur tour dans leur chair par les horreurs qu’ils n’ont pas voulu voir.
Au début, construction anarchique mue par le hasard, issue de la multitude, la somme des défaillances humaines créé inexorablement des faisceaux dégageant une tendance. Cette tendance est progressivement exploitée et canalisée pour devenir un courant, une influence qui amplifie le phénomène en captant tout sur son passage, jusqu’au jour où cette force devient supérieure à toutes les autres et réduit l’ensemble en l’anesthésiant, puis en l’étouffant pour le dominer et l’écraser.
Le filigrane du destin, à peine perceptible au début, apparaît doucement, en surbrillance. Mais quand il devient éclatant, il est trop tard, sa lumière vous brûle les yeux.
C’est cette accumulation insidieuse d’actes qu’on souhaite parfois ne pas voir en les qualifiant d’insignifiants ou sans grande conséquence, voire qu’on finit par considérer tout de même comme révoltants et contre lesquels on ne réagit plus, qui peut engendrer des hydres infernales et nous mener à l’effroyable. L’histoire l’a déjà prouvé.
Ces bêtes immondes, honte de l’histoire des hommes, sont toujours susceptibles de resurgir sous une forme différente, parée d’un projet à la gloire de leur société.
Mais peut-être est-il déjà trop tard. Quelque part, une nouvelle espèce est très probablement en gestation.
Dans le magma fourmillant des hommes et de leurs concepts, au plus profond de leur vie quotidienne, des actes et des paroles isolées creusent, en ce moment même, le lit du torrent qui va nous emporter si nous ne nous réveillons pas.
Le cortège funèbre attend son cocher. Nul doute qu’au sein des Nations, il apparaîtra bientôt, paré d’arguments et de la force nécessaire pour nous conduire au repos éternel.

La page Facebook de Patrick Le Marrec

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