Mémoire de plume, de Denis Ravel

310memoire-de-plumePar Frédéric Candian, auteur de plusieurs romans, dont Deux âmes dans l’antre des fous (Publibook, 2002) et La communauté de Thésée (Edilivre, 2009), ainsi que du recueil de nouvelles Le langage des oiseaux (Edilivre, 2015). Son site web : www.fredcandian.fr

Le plus grand défi de l’écrivain n’est-il pas de se risquer à écrire sur l’écriture elle-même? Ou comment se regarder dans un miroir en mettant en doute la véracité, la légitimité de ce que l’on y voit? Lorsqu’on actionne l’interrupteur et que la lumière jaillit, pense-t-on à la course des électrons? Pense-t-on aux infrastructures de la centrale hydroélectrique ou nucléaire qui rendent possible ce jaillissement de lumière?  Pense-t-on aux multiples échecs de Thomas Edison avant que ne soit conçue la première ampoule à filament?

De même, celui qui écrit sait que, par un miracle qu’il ne peut expliquer, il a accès à une source mystérieuse et apparemment intarissable, d’où il tire des personnages, des intrigues, des intuitions, des formules, des tournures qui le surprennent parfois lui-même.

Et parfois, à l’instar de Denis Ravel, l’auteur prend pour sujet la source elle-même. N’est-ce pas prendre un gros risque? N’est-ce pas trop exposer la poule aux œufs d’or?

Denis Ravel n’est pas fou. Aussi, ces mémoires de plume ne sont pas les siennes, mais celles de son stylo. Enfin, c’est un peu plus compliqué que cela, mais cela n’en reste pas moins un biais pour ne pas trop se dévoiler.

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Le don de l’écriture vient ou ne vient pas, il engendre bénédictions et malédictions, il crée la fortune comme l’infortune. Qui le mérite? Qui ne le mérite pas? Qui sait en faire bon usage et qui le sème aux quatre vents?

Permettez-moi de faire un peu de publicité personnelle et de citer le refrain de mon texte intitulé Le démon de l’écriture, que vous pouvez retrouver dans mon recueil Rap Lyrics 2006-2016.

Le démon de l’écriture n’a ni nom, ni signature,

N’a ni bastion, ni nonciature, n’est ni félon, ni imposture.

Il faut que tu sois sûr, car il t’enverra la facture.

Tel est le pacte, telle est la procédure.

Denis Ravel, visiblement, a signé le pacte. De ce fait, il ne maîtrise plus rien. Car le maître, cher lecteur, c’est toi désormais. Que cette Mémoire de plume soit soumise à ton jugement impartial et néanmoins implacable. Sois magnanime, du haut de ta vénérable indulgence.

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